L’invité de RHIZOME #9: Nicolás Pérez de Arce

Si vous êtes un fidèle lecteur de Rhizome, vous l’aurez sans doute remarqué, sinon je vous l’apprends: Nicolás Pérez de Arce est notre invité d’honneur pour ce Rhizome 9.

Et comme La Boite à Zines essaye toujours de s’enrichir de nouvelles opportunités, cet article sera le premier d’une série visant à vous faire connaitre les artistes invités qui sont derrière les splendides bd du feuillet central de Rhizome et ce par le biais d’une interview.


photo-article2


RHIZOME: Comment êtes-vous venu à la bd, qu’est-ce qui vous a pousser à aller vers ce médium?

NICOLAS PEREZ DE ARCE: J’ai toujours eu des bd à lire grâce à mon grand-père et mon père qui, eux aussi dessinaient. Quand j’ai commencé à faire des bd à l’école, je ne pouvais juste plus m’arrêter! J’étais devenu plus impliqué, c’est alors que j’ai décidé d’étudier le graphisme à cause de mon intérêt pour la bd et ainsi de suite…

R. J’ai vu que vous aviez, entre autre, re-dessiné un fameux plan d’ « A bout de souffle »; le cinéma en général est-il une source d’inspiration importante pour vous?

N. Oui, je suis un fan du cinéma. Mais je vois trop de films. J’ai vu les films de la Nouvelle Vague, les films italiens Neo-réalistes, Tarkovsky et tout ça, mais aussi les stupides comédies hollywoodiennes et les films d’actions à gros budget. Je ne peux pas m’en empêcher.
Beaucoup du narratif en bd est cinématographique bien sûr, la séquence et le cadrage aussi, mais reste la façon graphique de montrer les choses qui, elle, est unique à la bd.

R. D’après ce que j’ai vu, je trouve que vous avez des styles fort variés qui coexistent dans votre travail. Est-ce le contenu du projet qui dicte la technique que vous employez ou essayez-vous consciemment d’en varier de projet en projet?

N. Je pense que les deux sont justes. Pour moi le problème est toujours d’ordre graphique. J’aime développer une technique pour chaque histoire. Par exemple, juste avant de faire ma bd pour Rhizome je travaillais sur une autre bd, aussi vouée à être imprimée en riso. Pour cette bd là j’avais dessiné et encré à la main, de la manière traditionnelle, et ensuite j’avais mis en couleurs à l’ordinateur. Ca c’est bien passé, mais alors j’ai eu le sentiment que c’était trop ‘parfait’, trop froid. Donc quand vous m’avez invité dans Rhizome, j’ai décidé d’essayer quelque chose de plus artisanal, de plus ‘sale’ si on veut.
Je fais toujours comme ça, je cherche toujours un moyen de créer ce que je veux réellement créer dans le moment même.

R. Comment avez-vous approché cette histoire?

N. D’abord, j’ai lu l’haïku que vous m’avez fourni et toutes les images qui me sont venues étaient vraiment calmes, silencieuses et chaudes, entourées de nature.
Donc j’ai imaginé une bd sans personnage, juste de la nature (je pense que la couverture capture bien ce sentiment!). Mais à ce moment là, je me suis rappelé la fois où j’étais à Buenos Aires, seul dans un grand parc pendant l’été.

Et quelque chose de similaire à mon histoire m’est arrivé. Un type a essayé de me ’séduire’ au milieu de nulle part. Donc je me suis dit: ok, c’est ça l’histoire. J’ai réalisé la bd très rapidement, genre en trois jours. Je travaille toujours très très lentement mais cette fois, le temps me manquait, j’avais plein de travail à faire.

R. Les contingences d’impression de cette technique particulière qu’est la risograph ont-elles modifié votre approche aux couleurs, au dessin ou au scénario?

N. Oui. Et bien c’est à cause de l’impression à la riso que j’ai décidé d’essayer de tout dessiner aux marqueurs et aux bics, parce que c’est avec ça que je travaille en ce moment, et d’utiliser une table lumineuse pour faire chaque couche de couleur. J’ai essayé de mélanger les couleurs de différentes manières, mais c’était difficile étant donné le papier trop épais avec lequel je travaillais, je n’ai donc pu travailler qu’avec deux couleurs à la fois.

R. Que pensez-vous de l’évolution de la bd aujourd’hui?

N. La bd me surprend tout le temps, car elle change toujours et de la manière dont on s’y attend le moins. C’est une forme d’art, mais la plupart des gens ne la voient que comme un truc enfantin. En Amérique du Sud, il y a eu un ‘boom’ des bd et de l’illustration depuis les cinq dernières années. Il y a eu beaucoup de publications vraiment chouettes. Mais, pour moi, il y en a juste quelques unes qui sont intéressantes et le reste est vraiment ennuyeux ou nul. J’imagine que c’est une bonne chose que la bd soit plus en vue maintenant, mais la vraie tâche reste, je pense, de montrer que l’essentiel est de publier du travail de qualité.

R. Que représente le monde du fanzine et la micro-édition pour vous?

N. La chose la plus intéressante qui se passe au Chili maintenant est la scène des festivals de fanzines, cette culture ‘underground’ si vous voulez. Il y a beaucoup d’attitudes style punk-japonais-ou-peu-importe. C’est dû au fait qu’il n’y a pas d’industrie de la bd là, et que les jeunes utilisent simplement la photocopieuse et leur créativité. Ca permet de voir ainsi des oeuvres très intimes.

R. Comment décririez-vous la scène du fanzine en Amérique du Sud à un outsider, tel que moi?

N. Je pense que tout le monde sur la scène des fanzines est un outsider. Aux festivals, je suis assis à côté de gens pendant toute une journée et nous n’avons pas échangé plus de deux mots…Je ne sais pas.
Il y a les punks, les kawai, les trucs de super héros, les artistes fous…
La scène du fanzine, c’est un beau chaos coloré.

photo-article3Propos recueillis & traduits de l’anglais par Antoine Houcke.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s