L’invitée de RHIZOME #10: Justine Sarlat

Le nouveau numéro de Rhizome vient tout juste d’être imprimé, et son feuillet central, comme d’habitude, est empli de la superbe bd de notre invitée: Justine Sarlat.

A cette occasion, vous retrouvez ici la, désormais traditionnelle, interview de l’invitée, pour explorer ensemble un peu des coulisses de Rhizome et de la création en général.


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RHIZOME: Comment es-tu venue à la bd, autant comme lectrice que comme auteure?

Justine Sarlat: Parmis les choses qui m’intéressent il y en a deux de très importantes : le mouvement et raconter des histoires. Parmi mes défauts, le plus grand est l’impatience.
À la base je souhaitais faire de l’animation, j’adorais le moment du storyboard et je peinais comme pas possible lors de l’anim (même si c’est magique de faire vivre ses dessins), un jour un ami m’a demandé « Pourquoi tu fais pas des bds, plutôt? » et là bam révélation.

R. J’ai pu voir que tu accordais une importance à un certain côté féministe dans la bd. S’agit-il de bd ‘militante’?

J. S. Oui ma bande dessinée est féministe. Selon moi (mais pas que moi!) les histoires que nous lisons nous permettent de vivre des expériences que nous n’aurions probablement pas vécues, de découvrir une autre logique, un autre regard. Le plus d’histoires nous lisont, par le plus d’autrices, d’auteurs différents (origines, genre, orientation(s) sexuelle, classe sociale,…) moins nous serons victimes des clichés et donc des jugements et actes qui vont avec. Oui c’est une forme de militantisme.

R. En regardant ton travail et ton blog, j’ai eu l’impression que tu essayes de renouveler ton approche à chacune de tes bd; et ce autant d’un point de vue technique que narratif. Est-ce pour toi un moyen de rester libre dans ton processus créatif?

J. S. À vrai dire, j’aimerais trouver une façon de représenter qui me convient autant graphiquement que philosophiquement, est-ce que je donne un visage ou non à mes personnages? Est-ce que je me focalise sur l’atmosphère, l’émotion ou l’action? Est-ce que tout doit être évident pour le lecteur, ou est-ce que je peux le perdre et lui laissé recoller les morceaux? Est-ce que je choisis la ligne ou plutôt la texture?,… Donc pour réussir à répondre à toutes ces questions, j’expérimente et je continuerai jusqu’à ce que les questions s’arrêtent (ce qui n’est pas sûr).

R. Dans quel ordre travailles-tu généralement? L’idée vient-elle d’abord visuellement ou scénaristiquement?   Quel est ton processus créatif?

J. S. C’est plutôt un mélange, j’ai une idée qui vient en général de l’association de plusieurs choses vécues ou ressenties. Puis j’écris et je dessine, et je fais des recherches (wikipédia est le site web sur lequel je passe le plus de temps quand je suis au début d’un projet). Toutes ces choses se nourrissent et je saute d’une image qui me fait penser à une phrase, et puis je cherche l’étymologie de ce mot là, qui m’amène à une émotion, qui me fait penser à un cadrage, et petit à petit les choses se mettent en place.

R. J’ai souvent eu l’impression que la scène flamande du fanzine était plus ouverte sur le monde, avec un accès privilégié à l’anglais contrairement à la scène francophone qui m’a l’air plus en vase clos, enfin en schématisant…
Tu vis à Gand, que penses-tu de la scène du fanzine flamand?

J. S. J’ai un peu le même sentiment, mais je ne sais pas si c’est dû au fait que je ne vis à Gand que depuis un an, donc tout est nouveau pour moi, alors que lors de festoch en France ou à Bruxelles je connais la plupart des têtes devant et derrière les tables.
C’est vrai que le niveau général d’anglais des francophones d’Europe n’aide pas non plus à notre ouverture.
Par rapport à la scène flamande j’ai l’impression que les auteurs et autrices donnent en général plus d’importance à l’esthétique.

R. Et enfin, terminons, histoire de finir tranquillement, par le petit questionnaire de l’Actor’s Studio/Bernard Pivot.

Ton mot préféré ?

J. S.   « Waaghals » qui signifie casse-cou.

R.  Le mot que tu détestes ?

J. S. « S’intéresser », j’adore le sens mais je ne sais jamais comment l’écrire.

R.  Le son, le bruit que tu aimes ?

J. S.  Le son du vent et de la tempête en bord de mer.

R.  Le son, le bruit que tu détestes ?

J. S. Les ventilateurs bruyants d’ordinateurs, ça m’agace!!!

R.  Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

J. S.  Je me fiche pas mal de ce qu’il y a sur les billets de banque mais ça serait pas du luxe de faire étudier aux élèves plus de Virginia Woolf, Marjane Satrapi, Chimamanda Adichie ou Joanna Hellgren.

R. La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?

J. S.  Selon moi quand on est mort on sert de nourriture à différents insectes, animaux et végétaux, est-ce qu’être digéré fait office de réincarnation?

R. Pour moi, oui.
Merci Justine Sarlat.

justine-2Propos recueillis par Antoine Houcke.

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